
5 avril 1952, Clartés, l’hebdo des Catholiques, écrivait ceci :
"L'Eglise ne s'oppose pas au maintien de certaines traditions ancestrales: costumes, décorations extérieures, manifestations folkloriques, etc. Mais, il n'est pas admissible que des personnes, qui protestent par ailleurs de leur attachement à la religion catholique, organisent, pour des raisons d'intérêt, des réunions qui prennent allure de véritables sacrifices religieux et qui sont souvent l'occasion de beuveries. Nous attirons l'attention de nos diocésains qui peut-être ne se sont pas rendus exactement compte que ces réunions étaient entachées d'idolâtrie et qu'elles étaient toujours un danger de superstition ou de sorcellerie." Incroyable !
On croyait que 56 ans après, l’Eglise catholique installée en Guadeloupe aux premières heures de la colonisation, avait un peu évolué. Monseigneur Cabo, évêque en partance vient de donner la preuve du contraire.
Le décès de «Néné» Lalsingué, grand pucari, adepte de l’hindouisme, et aussi catholique baptisé, vient rappeler que l’intolérance et l’obscurantisme de l’Eglise catholique font encore la une.
Le refus obstiné de l’Église de célébrer les funérailles du pucari crée un malaise au sein de la communauté indo-guadeloupéenne. Les commentaires sont amers. Gina, 6O ans, cousine du prêtre hindou :
«Depuis 1854, les Indiens ont pourtant contribué à la construction de ce pays et on continue à nous considérer encore comme de simples coolies malaba». Pourtant c’est bien Monseigneur Cabo qui, le 17 octobre 2004, à l’occasion du 150ème anniversaire de l’arrivée des premiers Indiens en Guadeloupe, se voulant Jean-Paul II à la mode Gwada, célébrait une messe en leur honneur, le tout dans un flamboyant syncrétisme catho-hindou. Hypocrisie ? Opportunisme ?

Alors que la famille Lalsingué, encore sous le choc et effondrée par le décès de son poto mitan, un prêtre catholique, qui devait officier pour l’enterrement du défunt, annonce sèchement, la décision de l’évêque de Guadeloupe de ne pas vouloir «faire rentrer dans l’Eglise un hindou»…
Contradiction ? Non car dès leur arrivée en Guadeloupe, les Indiens, sans renier leur hindouisme et les rites védiques, ont su « intégrer » le catholicisme. Une attitude syncrétique qui est d’ailleurs l’un des particularismes des Indiens.
Raymond Lalsingué, neveu du défunt, lui-même pucari, se dit extrêmement déçu de l’attitude de l’Eglise catholique et de l’évêque. Interrogé par CaribCreole.com, il rappelle:
«J’ai séjourné à plusieurs reprises en Inde et je peux vous dire que ce que l’évêque a décidé pour mon oncle, sous prétexte que ce dernier est pucari, aurait été impossible là-bas. Au Sacré-Cœur de Madras, les icônes hindoues côtoient les statues du Christ et de la Vierge ! »C’est donc sans se sentir tiraillés entre deux pratiques religieuses que beaucoup d’Indo-Guadeloupéens sont à la fois hindous et catholiques.

Le refus obstiné de l’Eglise catholique a donc obligé la famille Lalsingué à un retour à une cérémonie «hindouisante». Empreinte d’émotions pudiquement exprimées, la cérémonie, dirigée par Raymond Lalsingué, s’est déroulée dans la pure tradition…à quelques exceptions près.
Talons, matalons et chants tamouls étaient au rendez-vous. Mêmes les jeunes de la famille participent activement et assistent le pucari dans la tenue du rite.
Raymond Lalsingué, sans une hésitation dans ses chants tamouls, a purifié le défunt avec de l’eau de coco, envoyée sur le corps à l’aide de feuilles de vèpèlè, de l’encens et du camphre. Les parents, à leur tour, avec le majeur de la main droite, prennent les cendres de l’encens béni afin de les apposer sur le front de « Néné » Lalsingué qui repose dans un lit de pétales de roses rouges, blanches et jaunes. Détail ironique ou syncrétique: un Christ, sur sa croix, au-dessus du cercueil…
Le cortège funèbre quitte la maison, accompagné des prières et chants ancestraux, transmis de pucari en pucari, depuis plus de 6 000 ans. Sur le chemin du cimetière, la procession passe devant l’Eglise où un enterrement catho à l’air bien triste se déroule.
Au cimetière de Port-Louis, les derniers chants accompagnent « Néné » Lalsingué et ses enfants lui disent adieu en envoyant des pétales de roses sur son cercueil.
Contrairement aux hindous indiens, «Néné» Lalsingué ne sera pas incinéré. Beaucoup d’Indo- Guadeloupéens le savent, l’Eglise catholique avait interdit, à l’époque des premiers Indiens de Guadeloupe, les pratiques religieuses hindoues ; la communauté a dû s’adapter.
Dans quarante jours, le « kalmandon », rite célébré afin d’aider le défunt à se débarrasser de ses « péchés » afin de renaître dans une bonne vie. A la prochaine toussaint, la famille Lalsingué célébrera le « sanblanni » du défunt pour lui rendre grâce et lui témoigner du respect ; les rites aux mânes faisant partie des cinq grands sacrifices quotidiens obligatoires (mahayajña) pour les hindous.
Fiers, les Indo-Guadeloupéens ne feront pas de cette affaire un nouveau scandale mais, une chose est certaine l’attitude inquisitive de l’évêque est de nature à renforcer le sentiment
néo hindouiste qui depuis des années, traverse les Indo-Guadeloupéens. Le colonialisme culturel, politique, et religieux n’a donc pas fini de terboliser la société guadeloupéenne.
Tout bobo ni longan a’y !*prononcer poushari
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