L’arrêté préfectoral, pris le 6 mars décide l’interdiction, pour 5 ans, de la consommation et la pêche des crustacés et poissons provenant des rivières
. En effet, continue la Préfecture, les analyses réalisées par les services de l’Etat
Visiblement, la politique en vigueur sur ce dossier, ô combien embarrassant pour le gouvernement français, est le rationnement des informations ainsi que la non coopération avec les professionnels a priori concernés.
Soulignons-le, l’arrêté en question (troisième arrêté préfectoral relatif à la pollution au chlordécone) n’a fait l’objet d’aucune médiatisation ni d’une campagne de sensibilisation populaire. Il aura fallu attendre la dernière édition de Sept Mag pour avoir l’info.
Curieusement, les professionnels de la pêche n’ont pas été informés et ont appris la nouvelle, comme le grand public, que dans la presse. Pourquoi ?

Jean-Claude Yoyotte, président de l’Union des Marins Pêcheurs de la Guadeloupe (UMPG), contacté par notre rédaction, regrette le temps pris par les autorités françaises pour mettre en place ces mesures sanitaires. Il déplore aussi le fait que cet arrêté soit
« passé en catimini » et que l’Etat français
« joue avec le capital santé de toute une population de 400 000 personnes ! »Même si, a priori, les marins pêcheurs ne sont pas directement concernés par l’arrêté, puisqu’il s’agit d’une interdiction visant les eaux douces, M. Yoyotte nous a confié son inquiétude
"de savoir si les côtes proches sont ou non exposées à la pollution et si l’on s’empoisonne innocemment ». L’UMPG devrait rapidement se rapprocher de la Préfecture afin de lui soumettre les inquiétudes de la profession, mais craint qu’il y ait déjà de mauvaises surprises dans « les tiroirs » des autorités…
Notons cependant une relative bonne (?) nouvelle : cette interdiction préfectorale n’aura aucune conséquence sur les possibilités de baignades dans nos rivières. Selon la DIREN,
« l’on suppose que seuls les poissons et les crustacés concentrent les molécules de chlordécone » et, a priori, la baignade ne représenterait pas de danger pour l’homme.
Mais attention, il ne s'agit que d'une supposition, ne traduisant aucunement une prise de position ferme associée à une connaissance pointue du dossier. Quel crédit donner à cette déclaration qui se veut rassurante ?
La parole aux maires ? M. Devier, Directeur Régional de l’Environnement (DIREN), tout comme les services de la Préfecture, nous a assuré n’appliquer que les textes de lois et « le principe de précaution », en attendant que des examens complémentaires soient effectués durant les 5 années d’interdiction.
Si la question de l’impact réel sur la santé reste encore très tabou, une chose est certaine, c’est qu’au plus au niveau de l’Etat, l’on essaie de se débarrasser du dossier et de se décharger sur les maires guadeloupéens.
En effet, lorsque CaribCreole.com a cherché à savoir s’il y aurait une action de sensibilisation, on nous a répondu que
l’Etat demande aux maires de relayer les informations et de communiquer sur les arrêtés pris par le Préfet. Lorsque l’on connait la situation financière de plusieurs petites communes de la Guadeloupe et la diffusion parcimonieuse de l’information relative au chlordécone par l’Etat, l’on est en droit de rester plus que dubitatif…
La DIREN nous a par ailleurs précisé, que des agents de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage font, sur le terrain, de la prévention.
Même le week-end, période où les rivières sont les plus fréquentées ? C’est encore à vérifier !
De plus, a-t-il ajouté, il existe un « volet communication » du « Plan chlordécone » présenté en janvier par le professeur Didier Houssin…
La population guadeloupéenne attend toujours les actions de ce « volet communication ». Jusqu’à maintenant, seules les initiatives associatives et personnelles ont alerté l’opinion publique sur le dossier chlordécone alors que le traitement de la plainte du Collectif ASSE (Guadeloupe), de l’ASSAUMAPAR et d’Ecologie Urbaine (Martinique) traîne encore…
L'Etat français pêche dans des eaux troublesLa question de la responsabilité a déjà été posée et les différentes associations écologiques ont été les seules à mettre en avant les effets nocifs du chlordécone, sur la santé des Guadeloupéens et des Martiniquais. Etouffé dans l’œuf, le rapport alarmant du professeur Belpomme qui établissait un lien causal entre la pollution au chlordécone des sols et l’augmentation du taux de certaines maladies congénitales, malformations et autres recrudescence de cancers, en Guadeloupe et Martinique.
La cartographie exacte des zones polluées, demandées par les associations sus-citées, n’a toujours pas été réalisée, les conséquences sur l’organisme humain sont évoquées du bout des lèvres et, la prévention –malgré le soi-disant principe de précaution !- est inexistante.
Si l’interdiction de consommation et de pêche des crustacés et des poissons d’eau douce n’est effective que depuis le mois de mars et connue que cette semaine, l’on est en droit de se demander, légitimement, comment sera prise en charge la population, qui entre le moment de l’empoissonnement et l’interdiction a consommé des produits pollués…
Sur ce point, l’Etat français reste encore très silencieux.
Il semblerait que ce soit là, l’histoire d’un empoisonnement (organisé ?) que la Guadeloupe et la Martinique soient en train d’écrire, bien malgré elles.
Nous pouvons entrevoir les bénéfices que se partageront les méga entreprises d’import qui auront désormais les coudées franches pour nous vendre poissons et crustacés importés...
Et si tout cela n'était que le fruit d'une politique concertée ?