Inès : Inès, chanteuse. Chanteuse de quoi ? Ca c’est la grande question. On s’est longtemps contentés du terme «Soul Créole» parce qu’au tout début on était sur une formation basse-batterie-guitare-claviers et on faisait de la new soul pure. Musicalement, on était que dans ça sauf que les paroles étaient en Créole. On est donc restés sur cette appellation générique «Soul Créole». Mais maintenant, c’est un peu différent parce que ces derniers temps j’ai rencontré des personnes comme Exxos qui m’ont un peu ouvert les oreilles vers le son kako, vers d’autres sonorités qui font que pour ce que j’appelle le « Bwa », la musique qu’on fait, on est resté sur cette base soul/new soul mais en intégrant le ka, un son kako-bwa.
CC1: On vous surnomme « Bwa-Bwa » ?Inès : Ce surnom en fait, il vient d’un morceau qui s’intitule « Bwa-Bwa », qui est devenu un peu notre hymne. C’est un terme que les musiciens et moi utilisons dans toutes nos conversations maintenant. J’ai fait des recherches, étymologiquement, bwa-bwa, c’est les marionnettes du carnaval, ensuite c’est passé dans le langage commun pour définir les personnes qui se laissent manipuler et donc on reste un peu dans ce truc de marionnettes. Et puis maintenant, on l’utilise un peu comme un diminutif de « moun bwa », de campagnards. C’est un terme un peu péjoratif mais moi ça ne me fait pas peur car ça me rappelle période où certains ne voulaient pas qu’on les appelle « nègres » et, subitement il y a eu une prise de conscience de ce que l’on est. Pour moi, le Bwa c’est assumer ce qu’on est et, quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, on est toujours le bwa-bwa de quelqu’un. Donc, à un moment, faut s’assumer, faire de la musique sans porter la perruque de Beyoncé, marcher pieds nus si on a envie…
CC1 : Vous êtes basée à Paris et originaire d’Anse-Bertrand, dans le nord Grande-Terre (Guadeloupe). Est-ce difficile d’assumer sa « bwatitude » lorsqu’on est loin de chez soi ?Inès : Non. (Rires) Enfin, ça l’est à la base mais ça cesse de l’être du moment où on décide que c’est plus un problème. Ce que j’entends par là c’est que j’ai beaucoup fait de live sur la scène soul parisienne underground et quand on décide de débarquer sur cette scène là avec un gros Créole, de gros pieds nus, avec un gros afro, si on se décide de se baser sur le regard des gens et ce qu’ils vont penser, on n’y va pas ! Donc, le Bwa c’est aussi ça : on fait ce qu’on fait et on se souci pas du reste. Evidemment, au début on a eu des critiques mais ça aide aussi…mais il faut faire le tri et garder les critiques constructives.
CC1 : Vous chantez en Créole haïtien et vous êtes Guadeloupéenne…Inès : Ce n’est pas du Créole haïtien. Ce n’est pas du Créole martiniquais, ni du Créole guadeloupéen. C’est du Créole bwa-bwasien ! Ce n’est pas un créole conventionnel, tout simplement parce que je suis née à Paris, j’ai grandi là bas et je suis venue en Guadeloupe très régulièrement en vacances; mes parents à la maison parlaient Créole, avec leurs amis martiniquais et écoutaient beaucoup de musique haïtienne. Donc, à un moment, quand je commence à écrire et que je me rends compte que les mots me viennent plus facilement en Créole…je n’écris pas un Créole académique. Dilemme. Que faire ? J’ai choisi le Créole bwa-bwasien en gardant ce qui, phonétiquement, me plaît, dans chaque Créole.
CC1 : Vos influences ?Inès : Raphaël Confiant ! (Rires). Je suis une inconditionnelle de Raphaël Confiant, je voudrais créer une statue à son effigie pour danser nue les soirs de pleine lune et chanter des incantations à sa gloire (rires). Raphaël Confiant c’est quelqu’un de vraiment important pour moi, parce que dans la grisaille parisienne, à la quête de ce que l’on est, lire Raphaël Confiant, c’est salvateur. Il prend des libertés, dans sa façon d’écrire en français, qui rendent la langue plus belle phonétiquement. Ca m’a, moi, libérée quant à ma façon d’écrire en Créole. Donc, je dirais que ma référence numéro un c’est Raphaël Confiant.
Après j’ai aussi des références musicales. J’ai des périodes de fixette sur des artistes, mai ça change tout le temps.
CC1 : Vous avez participé à un show avec Dominik Coco, à l’Artchipel, l’an dernier, et vos avez aussi un duo avez lui. Inès : Dominik Coco, c’est particulier. Evidemment, je le connaissais déjà depuis un moment, mais ce qui s’est passé avec lui c’est que à la période où « Lakou zaboka » est sorti, j’étais dans une fixette Badou, des trucs comme ça et j’avoue que je n’étais pas sur Coco. Je continuais à faire du live et ce sont les gens du public qui m’ont dit qu’il y avait une filiation avec Coco. J’achète l’album, j’appuie sur play, et là je prends une de ces claques ! Et je me demande comment j’ai pu ne pas être au courant ! Pour moi, c’est un album super important parce que, dans cet album, il y a quelque chose un peu comme le bois, au regard du mélange des sons et des expériences nouvelles. Pour moi, c’est un album référence.
Ensuite, on s’est rencontrés en 2006, à Paris, lors du festival Variations Caraïbes durant lequel on était programmés le même soir. Quelques mois plus tard, je suis venue en Guadeloupe et la collaboration s’est faite tout naturellement, avec le duo qu’on a enregistré ensemble pour son album.
AGENDA Inès présentera son album, en live :-Le 2 juillet, au Little Buddha (Fort-de-France, Martinique)
-Le 4 juillet, au Bik Kreyol (Baie-Mahault, Guadeloupe)
-Le 25 juillet, au Divan du Monde (Paris)
Après le 6 juin à Lakaza avec D. Coco, Inès sera en live:* les 27 et 28 Juin au Bik Kreyol (Baie-Mahault, Guadeloupe), avec Dominik Coco
*le 5 Juillet à la salle Robert Louison, au Moule (Guadeloupe), avec Dominik Coco
-> Myspace D'Inès : myspace.com/bwabwa, pour plus d'infos